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Interview / Pr. Bassirou Bonfoh (Directeur général du Csrs) : “ NOUS AVONS UNE PRODUCTION SCIENTIFIQUE DE PRÈS DE CENT PUBLICATIONS PAR AN ”

Du 1er au 7 septembre, le Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire (Csrs) célèbre ses 60 ans. Le premier responsable lève un coin de voile sur les activités du Centre.Le Centre suisse de recherches scientifiques célèbre ses 60 ans. Qu’est-ce qui explique son installation en Côte d’Ivoire et sa permanence ? Le Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire a été créé en 1951 par des sociétés privées suisses qui avaient pour objectif d’emmener les différents chercheurs suisses à venir se frotter aux réalités des pays tropicaux. C’est dans ce sens que les premiers chercheurs étant arrivés, il fallait institutionnaliser cela à travers la mise en place d’une station. Et pour y arriver, ce qui fut une oeuvre de longue durée, il a fallu qu’on mette en place un système de partenariat, en considérant les avantages comparatifs aussi bien du nord que du sud. 

Qu’est-ce qui explique la permanence du centre en Côte d’Ivoire ? 

La Suisse a construit sa coopération scientifique sur les valeurs humaines et morales locales. Ceci a nécessité depuis les années 1980, un changement de gestion dans le transfert progressif de l’administration du Centre suisse. C’est ce qui explique notre permanence en Côte d’Ivoire. 

Que va-t-on célébrer ? 

L’âge ou la performance en terme de résultats concrets des recherches et de leur application ? Autrement dit, quels sont les résultats saillants obtenus à ce jour ? En terme de capacités individuelles et institutionnelles et en terme de science. Il faut noter que nous avons célébré une série d’anniversaires. Au trentième anniversaire, nous avions célébré l’histoire du Centre suisse qui est unique en son genre. Au cinquantième anniversaire, nous avons célébré le partenariat, c’est-à-dire son importance dans la conduite des recherches. Pour les soixante ans, nous voulons montrer la science qu’a générée le Centre suisse. Il s’agira de montrer aux utilisateurs de la recherche ce que nous avons fait et comment partager ces informations pour le développement durable. En terme de capacité, nous formons pratiquement tous les ans, une dizaine de doctorants qui sont sur le marché universitaire. Nous avons une production scientifique impressionnante, avec près de cent publications par an. Au plan recherches proprement dites, nous avons plusieurs secteurs. Pour la sécurité alimentaire, nous avons développé et testé de nouvelles variétés d’igname et de manioc. Aujourd’hui, nous sommes au stade de certification et de diffusion à l’échelle nationale. Ayant constaté que certaines variétés ne supportaient pas le traitement culinaire, nous les avons utilisées pour produire un certain nombre de produits tels que le pain, l’amidon, les briochines pour l’enrobage des médicaments. Au plan sanitaire, le Centre suisse travaille beaucoup sur les maladies dites négligées, l’anémie, la malnutrition. Vous savez que l’anémie est la principale cause de mortalité infantile. Nous nous sommes rendues compte que l’association du traitement anti-paludéen et du déparasitage pouvait améliorer considérablement le statut d’un patient. Cette découverte nous a valu une reconnaissance. En ce qui concerne la biodiversité, nous travaillons depuis près de trente ans dans le Parc national de Taï et toutes nos découvertes ont permis de comprendre que les chimpanzés étaient très proches de l’Homme et cela permet de comprendre un certain nombre de mécanismes de transmission des maladies, de vocalisation chez les chimpanzés. Pour votre information, nous avons découvert, il y a deux ans de cela, que certaines plantes que consomment les chimpanzés comportaient des propretés antioxydantes qui pouvaient être valorisées pour les patients atteints du Vih-sida. Nous sommes dans ce processus de contribution au développement des anti-oxydants. 

Qu’est-ce qui fait donc l’originalité du Csrs par rapport aux autres centres de recherche en Côte d’Ivoire ? 

L’originalité du centre se situe à plusieurs niveaux. D’abord, nous avons le partenariat nord-sud qui est notre credo. Ensuite, nous n’avons pas de chercheurs en plein temps au Centre suisse. Tout chercheur au Centre est rattaché à une institution ivoirienne ou internationale et qui vient juste faire la recherche chez nous. Donc nous puisons notre vivier scientifique et académique dans les universités. Chaque chercheur au Centre suisse a un projet de recherche L’autre originalité,est que le Centre se positionne sur des thématiques négligées ou des thématiques non abordées par les autres institutions… C’est-à-dire …Nous n’entrons pas en compétition avec les centres nationaux de recherche. Sur certaines thématiques, nous sommes complémentaires, mais nous nous focalisons sur des thématiques négligées. Je prends l’exemple des maladies négligées comme les parasitoses, des cultures vivrières telles que l’igname, le manioc, pour lesquelles la recherche est pratiquement orpheline. C’est ce positionnement qui fait la différence entre les autres centres de recherche et nous. 

A 60 ans, quels sont les résultats valorisés à ce jour au Csrs ? 

Le premier résultat valorisé est la diffusion de nouvelles variétés d’ignames et de maniocs, non seulement pour la production de foutou, d’attiéké, pour l’auto consommation, mais aussi pour l’utilisation industrielle. Au plan sanitaire, nous avons, avec l’Institut national de la santé publique, contribué à la fortification de la farine de blé et des huiles végétales en vitamine A, en fer et autres, pour améliorer le niveau de nutrition des enfants. Cela a valu la mise en place d’une réglementation nationale sur la fortification des aliments. Un troisième exemple qui nous a valu la reconnaissance internationale, est la sauvegarde de la forêt des marais Tanoe Ehi dans le sud-est de la Côte d’Ivoire. A travers les résultats de nos recherches, nous avons démontré que cette forêt était unique et hébergeait des espaces emblématiques en Côte d’Ivoire. Il fallait donc la protéger de l’ambition d’un industriel qui voulait en faire une exploitation de palmiers à huile. 

Quelles sont ces espèces ? 

Nous avons des espèces de singes, des amphibiens dans les marécages et beaucoup d’autres espèces utilisées pour la médecine et la pharmacopée africaine. Une chose est de trouver, une autre est de faire connaître au grand public les résultats des recherches. Comment communiquez-vous vos résultats de recherches ? Dans la communication des résultats des recherches, nous avons plusieurs approches. La première est ce qu’on appelle la transdisciplinarité. C’est une méthode qui permet de mettre les bénéficiaires au début de toutes nos investigations et à travers un processus interactif, nous les emmenons à valider nos résultats. Cela facilite l’adoption. L’autre mécanisme que nous utilisons nous permet de toucher les décideurs. Nous élaborons des notes aux décideurs, qui sont des brochures très simples qui les guide sur les résultats de nos recherches. Nous venons de sortir une sur la contribution de la nutrition dans la lutte contre la tuberculose. 

Quelles sont les perspectives de recherches du Centre ? 

Les perspectives sont nombreuses. Nous travaillons en tenant compte du conteste. Si je prends le cas de la Côte d’Ivoire qui sort de dix ans de crise socio-politique. A travers nos recherches, nous voulons comprendre les déterminants de cette crise, en regardant la socio-genèse mais aussi comment les conflits naissent. Au plan sécurité alimentaire, nous voulons approfondir nos investigations sur des plantes, le manioc et l’igname surtout, qui fixent un certain nombre de nutriments ; le but étant d’arriver à gérer le problème des maladies métaboliques, des maladies de carence alimentaires et autres. 

Quels sont les souhaits du Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire ? 

Les souhaits du Centre suisse sont multiples. Nous nous engageons dans un processus de renforcement des capacités des chercheurs. Au début, nous avions commencé par des diplômes très inférieurs, le diplôme d’études approfondies ; nous sommes passé par le niveau de doctorat et sommes à un niveau de post-doctorat. Nous nous sommes rendus compte que le niveau post-doctorat est une phase négligée dans notre système d’enseignement supérieur. Nous voulons, avec les partenaires et le ministère chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, développer cette partie, pour aider les chercheurs à pouvoir acquérir des fonds de recherche. En mettant en place un mécanisme national de financement de la recherche,on pourrait,non seulement aller vers des recherches orientées,des recherches libres,mais aussi renforcer les capacités de ces chercheurs à aller au plan international chercher des financements. Les chercheurs qui cherchent et qui trouvent, on en trouve donc au Centre suisse ? Oui, on en trouve au Centre suisse. Je le confirme et je vous invite à venir visiter nos stands. Nous avons plus de deux cents résultats de recherche. 

Source : Fraternité Matin du vendredi 26 Août 2011 

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