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6ème JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME. Le Prof Bassirou Bonfoh, Directeur Général du CSRS, dévoile la stratégie de son institution

Sur quoi s’orientent vos recherches portant sur le paludisme? 



Nos recherches portent sur 3 domaines à savoir l’homme, l’environnement et le vecteur du paludisme qui est le moustique. A ce niveau, nous observons le comportement du vecteur vis-à-vis des insecticides et nous travaillons sur le parasite qui entraine la maladie à savoir le plasmodium. 

Sur l’homme, a quoi ont abouti vos recherches ? 



Sur l’homme, nous avons regardé les facteurs de risques qui font que l’homme fait la maladie, nous avons regardé ses pratiques, sa perception et ses attitudes vis-à-vis du vecteur et de la maladie et les populations nous ont fait savoir que le paludisme était lié au problème d’assainissement. Aussi, nous avons pu comprendre que ce que les populations appellent souvent palu n’est pas nécessairement le palu et cela appelle à un meilleur diagnistioc. 

Quelles peuvent être les conséquences de dire « j’ai un palu » alors que ce n’est pas un palu ? 



La conséquence c’est d’abord de perdre les moyens dans l’utilisation des médicaments et ensuite de développer les résistances à ces médicaments. Toujours sur l’homme, nous avons pu démontrer que le paludisme était plus grave parcequ’il y avait des co-infections telles que les parasites gastro-intestinaux et surtout la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans qui affaiblissent l’organisme et donnent le lit au développement du paludisme. 

Et qu’avez-vous découvert sur le moustique ? 



Sur le moustique, nous avons pu évaluer les raisons de la nuisance produite par le moustique auprès des populations et ces populations sont parvenues à développer des mécanismes de lutte les moustiques mais malheureusement tous les moyens de lutte utilisés dans une zone comme Tiassalé ne marchaient pas et c’est cela qui nous a amené à voir quel était le comportement de ces moustiques. Là-dessus, nous avons pu découvrir que ces moustiques étaient résistants aux quatre formes d’insecticides utilisés de manière conventionnelle dans la lutte. Et cette découverte nous oriente vers le développement de nouveaux insecticides contre les moustiques via l’imprégnation des moustiquaires et nous permet aussi de regarder comment cette résistance est arrivée. Regarder aussi au niveau de l’agriculture et mieux sensibiliser les populations sur l’utilisation des insecticides. Ce qui est aussi rassurant, c’est que les moustiques qui sont les plus résistants sont des moustiques jeunes et qui n’ont pas la capacité de transmettre le paludisme et nous avons pu aussi démontrer que les moustiques vieillissant sont ceux là qui transmettent le paludisme. Ces moustiques perdent de manière régulière cette résistance. C’est quand même quelque chose d’important à noter. 

Quel est l’intérêt d’avoir découvert un moustique aussi résistant que ça ? 

L’intérêt se trouve à deux niveaux. Le premier, c’est de permettre un bon développement de nouveaux insecticides, l’autre intérêt, c’est de prendre ce moustique comme une souche de référence dans les tests des insecticides développés. 

Et que devons nous retenir de vos recherches sur le parasite ? 



Sur le parasite lui-même, nous avons commencé tout récemment et l’étude du parasite est un peu complexe parce qu’il faut mettre les conditions d’élevage de ce parasite et il faut également des conditions de laboratoire très performantes. Et nous venons juste de développer ce laboratoire de culture cellulaire qui permet de prendre dans le sang des humains les parasites et les cultiver de générations en générations. Et en ayant ce pool de parasites, nous pourrons tester l’efficacité des différents médicaments qui sont mis en place et nous pouvons aussi voir l’évolution de la résistance de ces parasites vis-à-vis des médicaments développés. 

Par exemple sur la souche de Tiassalé qui est très résistante aux insecticides, est ce qu’il est aussi résistant aux médicaments ou ça n’a rien à avoir ? 



Non ça n’a rien a avoir. Le moustique est résistant aux insecticides mais le plasmodium peut être résistant aux médicaments antipaludiques. Le plasmodium des moustiques de Tiassalé n’est pas aussi résistant que les autres plasmodiums. Il n’y a pas d’interaction. La résistance du moustique n’interfère pas sur la résistance du plasmodium et ça c’est quelque chose que nous disons toujours aux gens qui visitent notre insectarium. Quand on leur dit que le moustique est résistant aux insecticides, ils pensent que c’est une résistance au plasmodium. C’est pas la même chose. 

Et donc là, quelles vont être les prochaines étapes de votre recherche aussi sur l’homme que sur le moustique. 



La prochaine étape sera de consolider toutes les ressources mises en place pour mieux étudier les différentes résistances au niveau des vecteurs ou du parasite et de voir quelles sont les interactions des co-infections de la malnutrition sur l’émergence du paludisme et à travers le développement de notre plateforme de suivi démographique à Taabo, nous pourrons utiliser cet espace pour ces essais d’intervention et démontrer l’efficacité de certaines intervention sur la réduction du paludisme dans ces zones, ce qui nous permettra de mieux guider les décideurs. Parcequ’aujourd’hui ce qui est important, c’est de développer un bon système de santé et pour le faire, il faut des acteurs qui comprennent le système de santé et les acteurs qui épousent les méthodes efficaces qui ont été mises en place et là le site de Taabo nous permet de démontrer cela et d’amener les acteurs à mieux comprendre et évaluer les interventions qui sont en cours. 

Disposez-vous de résultats concrets de vos recherches sur les populations ? 



Oui nous avons des résultats concrets, Cela reste encore à analyser, à vérifier mais ce que je peux dire sur la co-infection et la malnutrition, c’est que nous avons eu des essais à Taabo et nous avons pu démontrer que pour les enfants atteints de paludisme, le complément alimentaire et le traitement des parasites gastro-intestinaux permettaient vraiment de réduire le taux de mortalité des enfants. Cela reste encore à analyser, à confirmer. Mais la tendance nous montre que le traitement du paludisme seul ne suffit pas, il faut une complémentation alimentaire et il faut traiter contre les autres parasites gastro-intestinaux. Mais pour ne pas arriver au paludisme, nous avons aussi pu démontrer que l’assainissement dans une zone pendant l’hivernage réduisait considérablement le nombre de moustiques dans une zone. 

Revenant au moustique de Tiassalé, pourquoi est-il si résistant au point de paraître comme le moustique le plus résistant au monde ? 



A cet endroit, nous avons essayé de chercher et nous sommes remontés dans l’histoire. Il ressort que Tiassalé est une zone marecageuse traversée par une rivière ouu il ya eu dans l’histoire la culture d’ananas, de riz et pendant le developpement de ces cultures, il y a eu un usage important d’insecticides dans l’activité agricole et c’est ce qui aurait entrainé la résistance de ces moustiques. 

Est-ce que vous pouvez nous expliquer les formes de résistance chez ces moustiques ? 



Les formes de resistance s’explique par un contact prématuré du parasite ou du vecteur soit au medicament ou à l’insecticide et ce contact prolongé, si je prends le cas du moustique, il faut noter que ce conatct prolongé à faible dose d’un insecticide lui confère une résistance jusqu’au jour ouu cette molécule est utilisée pour le combattre. Cette résistance se developpe et c’est un système génétique qui est developpé. Par contre pour le plasmodium qui est le parasite dans le sang humain, dans le cadre de l’utilisation anarchique ou de sous dosage ou d’utlisation de médicament de mauvaise qualité, le plasmodium peut developper une resistance vis-à-vis de ces médicaments et à la longue, pour un traitement, on se rend compte que ça ne marche pas. 

La resistance est-elle inevitable ? 



La résistance est inevitable parceque nous sommes dans un monde dynamique, même les humains developpent des strategies d’adaptation face au risque et chez les parasites c’est la même chose et c’est pour cela que jusqu’aujourd’hui, il est très difficile de développer le vaccin contre certains parasites, vu que le parasite est en perpetuelle mutation. On ne peut pas fixer le parasite. Vous fixez le parasite, vous développez le vaccin en un temps T, ce vaccin ne pourra qu’être effectif à ce temps T, mais au moment ouu vous revenez pour utiliser le vaccin, le parasite aura déjà muté. Et c’est cela le grand problème. 

Donc vous trouvez que c’est inutile de travailler sur un vaccin contre le paludisme ? 



Pas du tout !! C’est très important et il y a des avancés puisque la science aussi avance. Le parasite met sa stratégie mais les scientifiques trouvent aussi les moyens pour les contrecarrer. Il y a une bonne avancée aujourd’hui dans la production de vaccins et ça sera des vaccins efficaces certes mais très limités à un certain âge ou à une portion de la population. Mais j’ai foi en ce futur vaccin. 

Mais pourquoi en ce moment là il ne valait pas mieux de concentrer toutes les recherches sur ce qui existe déjà en termes de plantes médicinales ? 



La problématique du paludisme ne nous amène pas juste à cibler une intervention. Et comme je l’ai dit, il faut des interventions intégrées. Il faut travailler sur tous les mécanismes possibles permettant de reduire le paludisme y compris l’utilisation des plantes médicinales et notre laboratoire aujourd’hui extrait des substances actives contre le paludisme. En Côte d’ivoire comme en Afrique il y a eu beaucoup d’essai mais c’est la partie valorisation qui reste à améliorer. Nous disons aussi que le paludisme est un problème complexe qui nécessite une intervention intégrée et notre slogan cette année c’est « Pour vaincre le paludisme, il faut assainir l’environnement ». En le faisant, on peut réduire drastiquement la prévalence du paludisme. 

Interview réalisée par les correspondants BBC, Radio Suisse romande et marocaine en Côte d’Ivoire

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